Shalom

dark roomDimanche soir. Ils n’étaient plus que dix.

Deux des trois manquants étaient maintenant morts. L’un, leur ami et mentor, à la fois serviteur et leader, avait été condamné à mort et exécuté publiquement, de façon on ne peut plus humiliante, deux jours auparavant. L’autre s’était suicidé, terrassé sans doute par une culpabilité incontrôlable. Quant à Thomas, personne ne savait où le trouver.

Ils avaient peur, et au milieu de la confusion, des doutes, des questions sans réponses, ils décident de se retrouver.

Pourquoi leur meilleur ami, cet homme pour qui ils avaient tout abandonné, et dont la présence constante durant ces dernières années les avait tellement changés ; pourquoi, alors qu’il y avait eu tant de miracles, tant de paroles empreintes d’un charisme faisant taire les plus belligérants ; pourquoi Jésus était-il mort maintenant? N’était-il pas sensé les délivrer de l’occupation romaine insoutenable ?

Et pourquoi eux, les douze, avaient-ils abandonné leur Rabin au moment ou il avait le plus besoin d’eux ? Alors que Jésus, si mystérieux et insaisissable, leur avait montré patience, sagesse, force et paix jour après jour pendant trois ans ?

Est-ce que, comme après un drame, un choc, ils revivent chaque détail, en essayant de comprendre ? Et si ceux qui avaient monté un procès rapide et violent contre Jésus, et si ces mêmes autorités les recherchaient maintenant, eux, les onze restant ?

Comme tout change en 48 heures. Dans cette même pièce, vendredi soir, Jésus avait diné avec eux, parlé de façon un peu cryptique comme il le faisait souvent, et s’était abaissé jusqu’à leur laver les pieds -cette tâche si humiliante qu’un esclave même n’y était jamais assigné- en disant qu’ils comprendraient plus tard. Il avait encore parlé du royaume de Dieu comme il le faisait souvent, mais rien n’avait semblé hors de l’ordinaire.

Que faire maintenant ? Je me demande quelle conversation a bien pu avoir lieu, entre ces hommes tenus par la peur, le cœur lourd et l’âme noire , submergés par un présent si redoutable et impossible, traversant des heures tellement obscures qu’aucun raisonnement ne peut en atténuer la tension.

Est ce qu’ils parlaient même ? Avaient-ils la force de former des pensées, des mots intelligibles ?

C’est  donc le soir, ce premier jour après le shabbat.

Les portes de la maison où les adeptes étaient rassemblés

sont fermées, parce qu’ils frémissent des Iehoudîms (juifs).

Iéshoua‘ vient, se tient au milieu et leur dit:

« Shalôm à vous ! » Jean 20:19

Comme tout est bouleversé en un instant !

Mais est-ce seulement possible ? Est-ce que c’est une apparition ?

Il est pourtant bien là, debout devant eux. Un éclair de lumière, quelques mots, cette présence puissante et familière, et toute obscurité, toute peur, culpabilité, doute et incompréhension s’évaporent.

Il est là, comme avant. Il ne leur fait pas de reproches, il ne mentionne aucun évènement des derniers jours..

‘Shalom.’

C’est la réconciliation, une sérénité invisible qui apporte le repos inexplicable de l’âme, une quiétude inébranlable au milieu de l’orage.

Dans cette petite pièce, par sa simple présence, par quelques mots, Jésus restaure. Pas en démêlant les évènements ni en expliquant à chacun ses erreurs ni comment mieux faire la prochaine fois.

Et il ne repart pas sans leur laisser un cadeau. Est-ce que ces hommes le méritent ? Sûrement pas.

Mais la mathématique divine n’est pas la mienne. Je compte les points, j’organise par degré d’importance, j’utilise ma logique pour déterminer qui a raison et qui a tort. Lui voit au cœur, il regarde au fond de l’âme qu’il a créée. Et il aime ce qu’il voit, il aime parce que c’est dans sa nature, pas parce qu’il y a mérite.

Jésus, avant de partir, souffle le Saint Esprit sur eux. Il leur fait cadeau de lui-même, pour qu’ils ne soient jamais seuls, pour qu’ils soient réconfortés dans la confusion et les tourments auxquels ils devront bientôt faire face.

Comme mes réflexes sont dissemblables!

Quand quelqu’un me fait du tort, mon sang ne fait qu’un tour. Les émotions qui montent et qui se nouent douloureusement en moi prennent racine dans mon sentiment d’injustice. J’ai été ignorée, laissée de côté comme un accessoire sans importance, on a été malhonnête envers moi et mes attentes sont écrasées, foulées au pied par une négligence sans nom.

Ce qui prend forme en moi est très loin de ‘Shalom’. Des conversations imaginaires se jouent dans mon esprit, et là je prouve par a+b le tort de l’autre, je démontre encore et encore son besoin évident de demander pardon.

Je me méfie maintenant de l’autre, je ne veux plus le voir ; les liens, formés petit à petit par le temps et la confiance sont détruits, brouillés, je suis en colère.

C’est à ce moment précis que j’ai le plus besoin de sérénité. C’est là que j’ai besoin d’un modèle, de quelqu’un qui me montre comment faire, non en théorie, mais parce qu’il a vécu la même chose que moi, et bien pire encore, et qu’il n’a pas été troublé une seule seconde. Pas un instant Shalom ne l’a quitté.

Le problème de ma colère contre l’autre, c’est que c’est moi qui en souffre. L’autre continue sa vie, ignorant au mieux le chemin obscur qui me fait perdre le sommeil.

Si je pardonne, c’est moi qui en bénéficie. Je lâche prise, j’abandonne mon droit à la rectification, je mets ma fierté de côté… et je découvre une éclaircie, un autre chemin, plus lumineux. Un poids invisible m’est retiré. Je respire. Je suis libre.

JoyÇa ne veut pas dire que je refais confiance immédiatement, ni que je me jette dans la gueule du loup ; mais je vois et j’accepte l’autre tel qu’il est, malgré tout.

Avec tout.

Je n’impose aucune attente, et je laisse à cet enfant de Dieu, tout comme moi, le droit à l’erreur. La possibilité de se tromper, de faire fausse route, de tomber.

La paix n’est pourtant ni durable ni facile. Je renouvelle mon lâcher-prise souvent. Je ferme les yeux, je dirige mes pensées vers Celui qui m’a formée de ses mains, et je dépose les armes. Encore et encore. Plusieurs fois par jour, dès que mes pensées deviennent sombres, j’arrête mon raisonnement et ma logique, ma perception d’une certaine injustice, et j’inspire profondément.

Parfois pour réinstaurer Shalom, je dois ouvrir la blessure, faire face, déballer. Poser les émotions bien à plat devant l’autre, et retisser le lien ensemble. Pour être en paix, je fais le premier pas ; parce que la réconciliation, et l’harmonie, sont plus essentielles à ma tranquillité que mon égoïsme ou mon réflexe de protection, exigeant justice.

Je veux vivre libre, sans obscurité qui ronge.

Évidement ça demande un certain courage, un déni de moi. Evidemment, il me faudra bien toute une vie pour apprendre cette nouvelle façon de faire, de penser, d’avancer.

Mais ma sécurité, ma valeur, l’essence de mon être ne sont pas dans ce que l’autre pense de moi. Toutes ces choses précieuses sont cachées dans ma relation avec mon Créateur.

Est-ce que ça en vaut la peine ? Oui. Le résultat, cette paix intérieure, est un bijou sur lequel je ne peux mettre de prix.

C’est un cadeau que je fais à l’autre et qui peut l’offrir à son tour.

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