L’espace d’un instant

blog janvier 2014 bCombien de fois par jour l’invisible fait-il irruption dans mes pensées ? Combien de fois, dans une journée ordinaire avec sa multitude de tâches à accomplir, est-ce que je m’arrête, comme suspendue dans le temps, mon esprit vagabondant vers l’éternité ?

Je ne sais pas exactement, mais pas assez souvent en tous cas.

Je suis forcée d’interrompre le cours de mes activités quand j’entends une nouvelle triste, sur l’amie d’un ami qui n’a plus longtemps à vivre, ou l’enfant d’untel à qui on a découvert un problème de santé incurable.

Je suis jetée alors, hors de ma réalité et du cours logique des choses, vers quelque chose d’invisible, avec ce sentiment d’injustice devant la souffrance qui touche au hasard,  un peu comme la pluie qui ne choisit pas qui elle va ennuyer.

Et il suffit de l’ombre d’un doute sur ma propre santé, sur mes projets, pour m’envisager dans une autre réalité… Et si… ?

Je n’ai pas de réponse, évidement, mais j’ai cette intuition qu’en passant du temps dans la présence Eternelle, sans autre but que d’y rester, sans autre idée derrière la tête que de profiter, simplement de Lui et de moi, disponibles l’un pour l’autre à cet instant ; j’ai cette impression que ma perspective va changer.

Dieu ne me donne jamais la réponse que j’attends.

Evidement.

Il est le Créateur, moi une de ses innombrables créatures, il est grand et mystérieux, invisible et partout à la fois ; je suis petite et ma perspective est rétrécie, limitée physiquement et par mon histoire, aussi.

Malgré tout, que je le sache ou non, que je me tourne ou que j’ignore, que je stoppe mes pas ou que je persiste à avancer ;

‘God is closer to me than I am to myself.’ (Maître Eckhart)

Je sens bien que je suis née pour ca ; cette relation intime avec un Dieu invisible…

Je sais dans l’essence de mon être, je reconnais un besoin de contact empreint de sens avec Dieu, m’ancrant dans son Amour, sa présence constante, et qui, du coup, remet le monde en perspective.

Mon âme est éternelle, même si mon corps ne l’est pas. Je suis de ce coté-ci de l’éternité, et j’ébauche un rapport avec Lui qui continuera quand mon corps aura terminé sa course.

Je veux retrouver ce jour là un Dieu déjà ami, un confident et un Père, non un étranger que j’aurai mis de coté toute ma vie parce qu’il y avait toujours quelque chose de plus important à faire, parce que j’étais trop pressée ou juste fatiguée.

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La prière, cette attitude de méditation, de silence ou de mots emmêlés, de reconnaissance ou de tristesse, de colère ; ce sont un peu les vestiges abîmés d’une relation autrefois parfaite, entière et harmonieuse au jardin d’Eden.

Adam et Eve avaient ce privilège quotidien de voir Dieu, leur Père,  “qui au moment de la brise du soir, parcourait le jardin.”{Genèse 3 :8}

Il les avait façonnés chacun de ses propres mains, pas simplement avec des mots, comme le reste de la création. Il n’y avait, jusqu’à leur choix de prêter attention au murmure du doute, aucune distance, aucun voile, pas de complications. Juste une communication facile et évidente, simple et transparente, empreinte du grand Amour incontestable et éclatant.

« Priez sans cesse » C’est la tentative de revenir à cette relation originelle, pure, quand on se racontait nos journées sans complexes, sans peur, sans cache ; ou il n’y avait parfois pas besoin de mots, tant la beauté et l’immensité de cette union nous dépassait.

C’est différent aujourd’hui. Je suis distraite par ce que je vois, par ce que je dois. Je suis interrompue par une foule de choses intéressantes à lire, à regarder, j’ai une multitude de tâches à exécuter au quotidien desquelles d’autres dépendent, au travail comme à la maison. Je veux, bien sûr, aussi rendre service aux autres et passer un peu de temps avec mes amis…

Et j’oublie, ou je remets à plus tard ces moment précieux et comme figés dans le temps ou je reste silencieuse devant l’Eternel, qui était là tout du long. Ces moments où tout le reste n’a aucune, mais vraiment aucune importance, parce que je suis la, et Lui aussi, et que je suis submergée par mille émotions.

“Prayer is being loved at a deep, sweet level.”

(Richard Rohr, Everything belongs’)

Je suis reconnaissante et en paix, troublée par l’Amour divin si présent et réel, presque palpable. Tout ça parce que je me suis arrêtée, parce que j’ai bien voulu me rendre disponible, j’ai ouvert les yeux.

Alors je me mets à comprendre la prière aussi comme ma respiration, un rythme naturel qui accompagne mes pensées, mes conversation et mes actes au long des heures de la journée ; et non plus seulement comme une parenthèse à tel ou tel moment. Il est là, alors pourquoi ne pas en profiter ?

Ce n’est pas pour rien qu’il est appelé Père. Il est comme un parent, qui désire plus que tout tisser une relation solide avec ses enfants, depuis le début. Comme un parent, il écoute patiemment les demandes même épisodiques et égoïstes de ses enfants, parce qu’il ne veut pas, ne peut pas, couper le fil, et parce que cette conversation, au bout d’un moment, change ses enfants.

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Et moi l’enfant j’ai commencé ma vie avec lui en demandant des choses précises, sur un ton parfois arrogant, réclamant mon dû. Moi l’enfant je me rends compte aujourd’hui que même s’Il m’accordait le monde entier, je ne voudrais pas,  je ne pourrais pas vivre loin de sa présence.

Je ne crois pas être la seule à espérer construire des relations paisibles, simples, faites d’amour et de compassion avec ma famille et ceux que j’appelle amis. Des rapports sans complications ni sous-entendu, sans sarcasmes pas vraiment drôles, juste pouvoir déposer les armes et être moi. Je désire cela plus qu’une grande maison où chaque enfant aurait sa chambre, plus qu’un super boulot qui me permettrai de vivre sans compter.

Ce que je démarre ici et maintenant, ce que je construis avec les autres et avec Dieu, je l’emporte avec moi. Je n’emporte rien d’autre.

Alors voilà, ma perspective évolue… Je ne prie pas uniquement pour moi, pour en retirer un ‘fix’ et me sentir mieux ; pas non plus pour balancer une liste de souhaits. Je suis changée au contact de Dieu ; ses pensées m’imprègnent, j’entrevois son vaste amour pour moi, pour l’humanité entière, j’aperçois un bref instant une vue d’en haut.

Je suis moins préoccupée par l’enveloppe qui me sert de corps, moins catégorique, et certaines choses perdent de leur importance. Mon regard bifurque, je me retrouve émue par l’humanité au milieu de laquelle j’évolue. Je suis touchée par les histoires des autres, leurs parcours, je ressens un besoin de servir, d’aimer, sans rien recevoir en retour.

Pas parce que je ‘dois’, mais parce que j’ai été aimée en premier.

Ô combien Aimée.

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