Ce n’est qu’un début

 ce n'est qu'un debut1Ça fait 5 semaines qu’on a déménagé, avec nos 2 enfants et nos 5 valises, à l’autre bout du monde. Australie États-Unis. 3 avions, un nombre incalculable d’heures passées assis, un décalage horaire inhumain à l’arrivée. Et ce sentiment étrange pourtant, en sortant de l’avion pour la dernière fois, d’être… arrivés.

Chez nous.

C’est une impression difficile à nommer, à déchiffrer… je ne pense pas qu’il faille même essayer. C’est juste dans l’air, dans moi, quand je vois mon fils courir dans les bras de sa maitresse d’école en criant « Miss Christyyyyyy !!!! », quand je vais faire les courses au supermarché comme tout le monde, quand on part pique-niquer en famille le samedi avant d’aller déguster des crêpes au sucre -oui je sais pas très américain, ça-dans une vieille maison transformée en café.

Je le sais, je le sens, j’y suis.

On n’a pas de meubles, notre appartement est loué pour un an. On n’a pas de carte verte, pas encore, pas de numéro de sécurité sociale, ni de permis de conduire, qu’on doit repasser en entier.

Les objets du quotidien, qui passaient inaperçus dans notre vie d’il y a encore 5 semaines, sont absents. Pas de bibliothèque, pas d’aspirateur, pas de photos au mur, pas de bureau ni de petite table avec chaises pour enfants. Pas de couteau de cuisine, ni mon thé préféré (lemon-grass and ginger), pas le même trousseau de clés, -avec toutes ces clés inutiles, parce que je ne sais plus quelle serrure elles sont censées ouvrir.

Il nous ‘manque’ toutes ces choses, et pourtant, cette terre que mes pieds foulent, c’est bien la mienne.

J’ai cette image persistante en tête de poussière, d’objets en apesanteur autour de moi, de milliers de petites choses qui ont été secouées, séparées de leur place habituelle, et qui, lentement, très lentement, vont commencer à redescendre, et trouver une nouvelle place.

Tant que tout est en l’air, en suspension,  mon esprit n’est pas tout à fait en paix. Pas complètement stressé, non plus, juste conscient de ce qui est absent. Une routine, un endroit où retirer ses chaussures en rentrant à la maison, savoir trouver l’interrupteur de la salle de bains au milieu de la nuit, pouvoir contacter une copine juste pour parler 5 minutes ou débarquer chez une autre avec mes enfants pour le goûter. Allumer la télé à 19h le lundi et découvrir un nouvel épisode de ‘The block’, savoir exactement où ranger mes épices et mes serviettes de toilette et quelle sorte d’ampoule acheter pour telle lampe. Faire mes courses les yeux fermés, ayant préparé ma liste en fonction de mon cheminement dans les allées de ‘Coles’ –oui je sais c’est extra organisé, mais j’aime l’efficacité !

J’ai laissé ces points de confort, de ravitaillement, si rassurants, derrière moi. Loin derrière moi. Le coté matériel et pratique de tous les jours reviendra à son rythme, et bien plus rapidement que d’autres aspects de notre installation à l’étranger…

Les amitiés devront démarrer de zéro. Tout en maintenant contact avec mes amies de Perth, et de France.

Il me faudra trouver d’autres points de raccord, d’autres fils conducteurs pour me connecter à des étrangers.

Les mamans à l’école, les collègues de Brett, les gens à l’église ; toutes ces personnes déjà installées, déjà ancrées dans leurs amitiés depuis des années et qui se connaissent depuis l’enfance. Qui ont stressé ensemble durant leurs études et ont été au mariage les unes des autres avant de devenir parents. Tous ces inconnus engagés leurs activités, ancrés dans leur quotidien et qui ne suspectent rien de mes questions intérieures.

Il faut se risquer. Et l’amitié prend du temps. Découvrir une autre histoire que la sienne, avoir mille conversations pas seulement sur soi mais sur le monde, échanger ses idées et son regard, faire confiance… Etre blessée, puis pardonner et remonter en selle.

Etre là, et en avoir envie, quand l’autre a besoin d’une présence mais ne peut en formuler la demande; accepter à mon tour d’être épaulée dans les moments de doute, de peur, accepter donc d’être vulnérable et avoir la preuve encore une fois que je ne me suffis pas à moi-même, et qu’il est futile d’essayer.

Ne pas me sentir obligée de sourire ni de parler tout le temps, pouvoir pleurer de manière impolie, (yeux rouges et bouffis, voix cassée et nez qui coule ; mucus et mouchoirs), et rire la seconde d’après.

ce n'est qu'un debut3

Être capable de porter un regard vrai sur cette amie et peut-être du coup l’aider à grandir ; accepter moi-même d’être assez humble pour adopter une perspective nouvelle, différente, sur ma propre vie, sur mes choix.

Mais je ne peux me permettre de regarder si loin. Je ne veux pas partir découragée pour l’expédition.

Je suis au début du parcours, au pied d’une montagne immense. J’ai comme bagage la mémoire de moments précieux et réels avec des amies que je chéris. Je regarde autour de moi, et je me rends compte que j’aime ce qui m’entoure ici, à l’endroit où je me trouve. J’aime être ici, parce que c’est ici que Dieu m’a posée. Il semble me dire : ‘On y va ?’

J’inspire cet air frais, nouveau et inconnu, et je fais un pas ; je risque.

Je commence.

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