Jeudi

 

thanksgiving blog3Il est 8h09 exactement, me voilà assise à une terrasse de café comme il y en a 1000 et une autres, la fille à la table d’à coté parle fort dans son téléphone.

Le soleil de Floride me réchauffe le dos et mon ‘white chocolate and peppermint mocha’ les pensées, pendant que les joggeurs de tous âges passent, précipités sur le pavé à l’aube, redoublant d’énergie sans doute à l’idée du repas gargantuesque qui les attend dans quelques heures.

Je n’ai jamais fêté Thanksgiving, évidemment.

Jusqu’à l’année dernière, où un couple nous a gentiment invités à les rejoindre pour un déjeuner tardif, avec leur famille. C’est marrant d’ajouter une fête au calendrier, de faire partie d’un monde où il est évident que le 4ème jeudi de novembre est spécial, férié, et une occasion de plus de se retrouver, de dire ‘merci’.

Je n’ai jamais fêté Thanksgiving, et je ne suis pas sure que l’histoire traditionnelle racontée dans les écoles soit vraiment vraie de vraie (les indiens et les pères pèlerins qui se retrouvent pour un énorme repas, fêtant la 1ere récolte, dans un esprit de partage et de reconnaissance, se promettant une entraide éternelle…).

Certes.

Mais l’idée de s’arrêter une minute, de penser un peu à la reconnaissance que j’ai, ou que je devrais avoir pour tant de choses, pour ce que je suis ; l’idée de porter un regard nouveau sur les personnes qui comptent pour moi, les observer et apprécier tous les traits de personnalité qui font qu’ils sont eux, juste eux, et personne d’autre ; réaliser que j’ai non seulement assez pour vivre mais même suffisamment pour partir en vacances une semaine, penser aux cadeaux de Noël, et me payer un café en terrasse ; appuyer sur ‘reset’ assez longtemps pour me rendre compte que même si tout m’était enlevé j’aurai quand même le privilège d’ouvrir les yeux chaque matin, et de respirer l’oxygene-cadeau-du-ciel.

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Ces pensées-là valent le coup de marquer son calendrier exprès, une fois par an, pour intentionnellement réorienter sa perspective. Oui, je pourrai faire ça tous les jours, ou n’importe quand, sans date forcée. Oui, bien sur, juste parce qu’il y a un jour spécial ne veut pas dire que tout le monde nourrit soudainement des pensées nobles et généreuses envers son prochain.

Mais c’est l’opportunité que j’apprécie, c’est le rythme qui me plait. C’est comme Noël, ou les anniversaires, ou même la St Valentin. On en fait ce qu’on veut, le choix est libre ; ignorer, refuser pour prouver son opinion, oublier, accepter… Mais l’invitation est là. Juste un jour, juste une fois par an.

Je regarde le chemin que j’ai parcouru en un peu plus d’un an, et je ne peux m’empêcher de sourire. On ne vit plus dans un appartement humide en sous-sol mais dans une maison avec jardin et mini potager où mes enfants courent et jouent et se disputent souvent ; et même si je sèche encore mes larmes après les pertes successives de 3 grossesses, je regarde maintenant mon ventre remuer, plein d’une vie nouvelle prête à prendre sa première bouffée d’oxygène dans 8 semaines.

J’ai rendu mon uniforme de caissière et pris le rôle de 2nd teacher dans l’école Montessori que mes enfants fréquentent, enseignant aussi le français.

Charlotte et David sont heureux et bien dans leur peau, ils ne semblent pas excessivement traumatisés par les défauts de leurs parents, et Brett est mon partenaire de vie toujours aussi patient et généreux, un père a l’écoute et présent, qui pèse ses mots et parle donc avec sagesse et humour, même dans les situations difficiles.

Je n’aime pas le mot ‘parfait’ parce que vraiment, rien ne l’est, et rien ne devrait l’être. La beauté réside dans le voyage, elle est cachée dans la progression, dans les hauts les bas, les heurts et les larmes et les moments paisibles, qui font qu’on est tous un peu cabossés, un peu abimés par nos histoires.

C’est là que se trouve la vie, dans le tumulte des jours, dans les heures à attendre aux urgences et dans une conversation sur l’origine du vent avec un petit garçon de 4 ans. Dans une balade sur la plage, le bruit des vagues en fond sonore, et dans chaque repas avec les gens que j’aime. La ‘perfection’ est à portée de main, dans les instants sans importance qui ne demandent qu’à être vus.

Et c’est pour cette vie que j’éprouve une reconnaissance sans bornes, c’est pour ce privilège que j’ai envie de dire merci, aujourd’hui surtout.

Happy Thanksgiving !

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Au fond

Vanessa Palsenbarg« De l’or jeté dans la boue, c’est quand même de l’or. »

Le type repart aussi mystérieusement qu’il était venu, il disparaît dans la foule après une conversation qui aura duré trois minutes.

Et moi je reste là, les larmes aux yeux, les bras ballants, faisant de mon mieux pour ne pas tomber en miettes avant que ma copine arrive, avant qu’on rentre toutes les deux dans le cinéma en riant l’air de rien, après s’être dûment payé un seau de popcorn.

Ça, c’était il y a plus de 10 ans, devant le Gaumont des Halles à Paris. Ça, c’était une bouée lancée de nulle part juste pour moi.

C’était réaliser que Dieu me voyait bien, là, perdue dans mes questions, les pensées en tornades depuis des mois.

Je me suis sentie vue et comprise et aimée d’une manière intime et puissante; aujourd’hui encore le mystère impossible d’un amour aussi grand et si personnel et constant me met les larmes aux yeux.

Comme si mes murs précieux de protection, érigés au fil des années, comme si ma façade de ‘belle et drôle’ n’avaient aucune importance. Comme si quelqu’un avait vu directement au fond de moi, à la manière d’un harpon lancé avec dextérité par un pêcheur expérimenté.

Toi, là. Juste toi.

Mon Créateur voyait ce que je ne regardais plus, ne connaissais plus. Une irruption dans mon histoire par l’Auteur, se révélant l’espace d’un instant pour interrompre la tristesse, mon sentiment d’être bloquée, l’échec de mes raisonnements et me souffler là, au milieu de la foule anonyme la réponse à toutes mes questions.

J’ai redécouvert cet or il y a quelques mois, en ‘nettoyant le compost de mon âme’, comme le dirait Jamie George. J’ai pu mettre des mots sur l’essence de mon être, sur qui je suis et ai toujours été. J’ai pris l’avion direction Kansas city, pour une espèce de conférence-thérapie appelée ‘Focus’ avec 26 autres personnes, dont Brett.

On a tous travaillé, ensemble et séparément, chacun sur son ‘soi’ propre, quelques weekends cet été, guidés par des thérapeutes empreints de patience et de sagesse et d’empathie.

Alors voilà, je suis repartie avec ces trois mots, ‘worthy, strong, beautiful’. C’est mon ‘contrat’, c’est l’or qui était caché sous les mots des autres, sous l’envie de plaire, ne pas décevoir. Enfoui sous les critiques subtiles, adoptées au fil du temps comme des vérités, sous mes inquiétudes, mon impression de ne pas faire assez, de ne pas être assez.

Worthy. Strong. Beautiful.

Je respire ces mots que je m’approprie lentement, ces mots qui me permettent d’etre en paix, de reprendre confiance en moi, de regarder à l’essentiel.

C’est un nouveau chemin, plus lumineux, même dans le tumulte du ‘tous les jours’; une promesse renaissant chaque jour, une perspective nouvelle.

http://www.youtube.com/watch?v=2H5uWRjFsGc

tongs, spaghetti et éclats de rires

May blogC’est l’été.

Pas officiellement, non, mais le soleil est là, se fichant bien d’une date ‘officielle’. Il monte haut dans le ciel et réchauffe la terre et ma peau de ses 30 degrés quotidiens.

Les journées s’étirent imperceptiblement, l’année scolaire est bel et bien terminée et le rythme se ralenti, se disperse… on se couche et on se lève plus tard, il n’y a aucune ‘lunchbox’ à préparer, les petits-déjeuners traînent, paresseux, pendant qu’on se demande ce qu’on a envie de faire aujourd’hui.

C’est l’été !

Un peu plus de liberté, un peu plus de désordre aussi, dans la maison et l’emploi du temps et la tête. Un manque d’ordre beau, charmant et attachant et nécessaire.

Il y a, à la fin de la journée, des tongs multicolores et multi tailles qui jonchent le sol, un énorme sac de plage contenant les maillots mouillés de la veille, en boule, sentant le chlore de la piscine. Les croûtes de pastèque, dépourvue de leur chair rouge et marquées d’entailles de petites dents, éparpillées sur la table et sur les marches qui mènent au jardin.

Tous ces objets, que je ramasse un à un avec un peu de nostalgie, me parlent de la journée passée, de l’histoire qui s’est déroulée et dont j’ai fait partie. Je veux déjà être à demain, ou remonter le temps et recommencer la journée.

Je pense à ce qui est beau, le genre de beau que je vois tous les jours, imperceptible mais bien présent, qui se révèle a moi si je veux bien prendre le temps et la peine d’ouvrir les yeux.

C’est la musique des éclats de rires, brillants comme du diamant, qui explosent alors que les enfants se courent après avec le tuyau d’arrosage. C’est leurs visages couverts de sauce spaghetti à l’heure du déjeuner parce qu’ils ont trop faim pour penser aux bonnes manières, et qu’ils ne pensent qu’à retourner dehors.may blog4

Le beau c’est aussi mon vieux jean, râpé et troué par endroits, arborant quelques éclaboussures de peinture qui ne partent plus. Il est un peu comme moi, marqué par le temps, marqué par l’amour et la vie, encore plus beau maintenant qu’il est usé.

C’est les rides sur mon visage et sur les visages de ceux que j’aime et qui sont loin, dont les vies sont tellement riches ; des petits sillons qui parlent de vie vécue à 200%, de sagesse glanée en route, de douleurs inexprimables et toujours imprévues, de rires incontrôlable et de larmes dans les yeux, l’histoire enfin, personnelle et unique et qui rend chacun de ces visages tellement beaux, tellement précieux.

C’est tout ce qui forme mon expérience du ‘maintenant’. Et pourquoi chercher plus loin ? Pourquoi toujours vouloir être à demain, à vendredi soir, à la plage ? Pourquoi vouloir copier l’idée que quelqu’un d’autre se fait du ‘beau’ ? Parce que l’ailleurs, dans le temps ou l’espace n’est pas ici, ni maintenant, alors je peux le rêver plus paisible, plus brillant, plus drôle et plus beau. Parce que c’est plus facile, parce que quelqu’un d’autre a pensé le beau pour moi et me sert sa version à lui, toute prête.

Parce que trouver une certaine harmonie et un certain charme dans le désordre d’un quotidien en apparence banal demande un petit effort et un certain degré d’imagination.

Mais cette façon de regarder mes jours, de regarder ma vie, crée en moi un sentiment inattendu de reconnaissance. Je réalise que non, je ne veux pas aller chercher plus loin, acheter encore un objet de déco ou une fringue, ni être déjà à demain… tout est là, devant et autour de moi. Il ne manque rien.

Alors je choisis consciencieusement de chercher et de trouver le beau, camouflé dans le désordre. Un désordre qui devient petit à petit synonyme de bonheur.may blog3

Shalom

dark roomDimanche soir. Ils n’étaient plus que dix.

Deux des trois manquants étaient maintenant morts. L’un, leur ami et mentor, à la fois serviteur et leader, avait été condamné à mort et exécuté publiquement, de façon on ne peut plus humiliante, deux jours auparavant. L’autre s’était suicidé, terrassé sans doute par une culpabilité incontrôlable. Quant à Thomas, personne ne savait où le trouver.

Ils avaient peur, et au milieu de la confusion, des doutes, des questions sans réponses, ils décident de se retrouver.

Pourquoi leur meilleur ami, cet homme pour qui ils avaient tout abandonné, et dont la présence constante durant ces dernières années les avait tellement changés ; pourquoi, alors qu’il y avait eu tant de miracles, tant de paroles empreintes d’un charisme faisant taire les plus belligérants ; pourquoi Jésus était-il mort maintenant? N’était-il pas sensé les délivrer de l’occupation romaine insoutenable ?

Et pourquoi eux, les douze, avaient-ils abandonné leur Rabin au moment ou il avait le plus besoin d’eux ? Alors que Jésus, si mystérieux et insaisissable, leur avait montré patience, sagesse, force et paix jour après jour pendant trois ans ?

Est-ce que, comme après un drame, un choc, ils revivent chaque détail, en essayant de comprendre ? Et si ceux qui avaient monté un procès rapide et violent contre Jésus, et si ces mêmes autorités les recherchaient maintenant, eux, les onze restant ?

Comme tout change en 48 heures. Dans cette même pièce, vendredi soir, Jésus avait diné avec eux, parlé de façon un peu cryptique comme il le faisait souvent, et s’était abaissé jusqu’à leur laver les pieds -cette tâche si humiliante qu’un esclave même n’y était jamais assigné- en disant qu’ils comprendraient plus tard. Il avait encore parlé du royaume de Dieu comme il le faisait souvent, mais rien n’avait semblé hors de l’ordinaire.

Que faire maintenant ? Je me demande quelle conversation a bien pu avoir lieu, entre ces hommes tenus par la peur, le cœur lourd et l’âme noire , submergés par un présent si redoutable et impossible, traversant des heures tellement obscures qu’aucun raisonnement ne peut en atténuer la tension.

Est ce qu’ils parlaient même ? Avaient-ils la force de former des pensées, des mots intelligibles ?

C’est  donc le soir, ce premier jour après le shabbat.

Les portes de la maison où les adeptes étaient rassemblés

sont fermées, parce qu’ils frémissent des Iehoudîms (juifs).

Iéshoua‘ vient, se tient au milieu et leur dit:

« Shalôm à vous ! » Jean 20:19

Comme tout est bouleversé en un instant !

Mais est-ce seulement possible ? Est-ce que c’est une apparition ?

Il est pourtant bien là, debout devant eux. Un éclair de lumière, quelques mots, cette présence puissante et familière, et toute obscurité, toute peur, culpabilité, doute et incompréhension s’évaporent.

Il est là, comme avant. Il ne leur fait pas de reproches, il ne mentionne aucun évènement des derniers jours..

‘Shalom.’

C’est la réconciliation, une sérénité invisible qui apporte le repos inexplicable de l’âme, une quiétude inébranlable au milieu de l’orage.

Dans cette petite pièce, par sa simple présence, par quelques mots, Jésus restaure. Pas en démêlant les évènements ni en expliquant à chacun ses erreurs ni comment mieux faire la prochaine fois.

Et il ne repart pas sans leur laisser un cadeau. Est-ce que ces hommes le méritent ? Sûrement pas.

Mais la mathématique divine n’est pas la mienne. Je compte les points, j’organise par degré d’importance, j’utilise ma logique pour déterminer qui a raison et qui a tort. Lui voit au cœur, il regarde au fond de l’âme qu’il a créée. Et il aime ce qu’il voit, il aime parce que c’est dans sa nature, pas parce qu’il y a mérite.

Jésus, avant de partir, souffle le Saint Esprit sur eux. Il leur fait cadeau de lui-même, pour qu’ils ne soient jamais seuls, pour qu’ils soient réconfortés dans la confusion et les tourments auxquels ils devront bientôt faire face.

Comme mes réflexes sont dissemblables!

Quand quelqu’un me fait du tort, mon sang ne fait qu’un tour. Les émotions qui montent et qui se nouent douloureusement en moi prennent racine dans mon sentiment d’injustice. J’ai été ignorée, laissée de côté comme un accessoire sans importance, on a été malhonnête envers moi et mes attentes sont écrasées, foulées au pied par une négligence sans nom.

Ce qui prend forme en moi est très loin de ‘Shalom’. Des conversations imaginaires se jouent dans mon esprit, et là je prouve par a+b le tort de l’autre, je démontre encore et encore son besoin évident de demander pardon.

Je me méfie maintenant de l’autre, je ne veux plus le voir ; les liens, formés petit à petit par le temps et la confiance sont détruits, brouillés, je suis en colère.

C’est à ce moment précis que j’ai le plus besoin de sérénité. C’est là que j’ai besoin d’un modèle, de quelqu’un qui me montre comment faire, non en théorie, mais parce qu’il a vécu la même chose que moi, et bien pire encore, et qu’il n’a pas été troublé une seule seconde. Pas un instant Shalom ne l’a quitté.

Le problème de ma colère contre l’autre, c’est que c’est moi qui en souffre. L’autre continue sa vie, ignorant au mieux le chemin obscur qui me fait perdre le sommeil.

Si je pardonne, c’est moi qui en bénéficie. Je lâche prise, j’abandonne mon droit à la rectification, je mets ma fierté de côté… et je découvre une éclaircie, un autre chemin, plus lumineux. Un poids invisible m’est retiré. Je respire. Je suis libre.

JoyÇa ne veut pas dire que je refais confiance immédiatement, ni que je me jette dans la gueule du loup ; mais je vois et j’accepte l’autre tel qu’il est, malgré tout.

Avec tout.

Je n’impose aucune attente, et je laisse à cet enfant de Dieu, tout comme moi, le droit à l’erreur. La possibilité de se tromper, de faire fausse route, de tomber.

La paix n’est pourtant ni durable ni facile. Je renouvelle mon lâcher-prise souvent. Je ferme les yeux, je dirige mes pensées vers Celui qui m’a formée de ses mains, et je dépose les armes. Encore et encore. Plusieurs fois par jour, dès que mes pensées deviennent sombres, j’arrête mon raisonnement et ma logique, ma perception d’une certaine injustice, et j’inspire profondément.

Parfois pour réinstaurer Shalom, je dois ouvrir la blessure, faire face, déballer. Poser les émotions bien à plat devant l’autre, et retisser le lien ensemble. Pour être en paix, je fais le premier pas ; parce que la réconciliation, et l’harmonie, sont plus essentielles à ma tranquillité que mon égoïsme ou mon réflexe de protection, exigeant justice.

Je veux vivre libre, sans obscurité qui ronge.

Évidement ça demande un certain courage, un déni de moi. Evidemment, il me faudra bien toute une vie pour apprendre cette nouvelle façon de faire, de penser, d’avancer.

Mais ma sécurité, ma valeur, l’essence de mon être ne sont pas dans ce que l’autre pense de moi. Toutes ces choses précieuses sont cachées dans ma relation avec mon Créateur.

Est-ce que ça en vaut la peine ? Oui. Le résultat, cette paix intérieure, est un bijou sur lequel je ne peux mettre de prix.

C’est un cadeau que je fais à l’autre et qui peut l’offrir à son tour.

Mix & Match

 

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J’ai parfois la vague impression d’être complètement bipolaire. Tendance schizophrène.

Je suis heureuse et reconnaissante, douce et patiente, et au même instant je me souviens d’obstacles, de résistances, de tensions. Comme un poids sur le cœur, un nuage noir au dessus de ma tête.

Je ne sais pas si c’est moi, ou mes circonstances, ou un peu des deux. Je ne sais pas si c’est ‘normal’, ou étrange, si je me pose trop de questions, ou si c’est juste ‘comme ça’.

On vient d’acheter une maison ; c’est un soulagement de pouvoir quitter notre petit appartement, de penser aux enfants courant dans le jardin jusqu’à perte d’haleine, avec plus d’espace à vivre. Mais on doit re-déménager -la 3ème fois en un an. Emballer sa vie dans d’innombrables cartons fermés par du scotch et penser aux transferts d’eau et électricité et internet. Louer un camion et quitter nos incroyables voisins de palier et vivre le stress de se familiariser avec un nouvel environnement, encore une fois.

Nous sommes sous pression financière constante depuis notre arrivée à Nashville ; mais je travaille maintenant comme assistante à l’école de mes enfants et je commence une formation pour être institutrice. C’est mieux que caissière –ce que j’ai aussi été ces 4 derniers mois, et mon salaire contribue à couvrir nos dépenses. Mais je suis moins disponible pour le quotidien. Travailler 30h par semaine me donne l’impression de courir sans cesse, d’être constamment en retard, et quand arrive le soir, de n’avoir pas accompli tout ce que j’avais prévu.

Cela fait deux ans maintenant qu’on espère avoir un 3ème enfant. Deux ans, trois fausses couches. Je ne rentre pas dans les détails de la douleur immense imposée par la perte de trois grossesses, qui pour moi sont trois âmes, trois personnes bien réelles. Je vois un spécialiste, les choses avancent doucement. C’est la lumière de l’espoir, mais je ne peux me séparer de cette pensée qui me dit ‘et si… ? Et si… non ?’

Je n’aurai certainement pas choisi cette trajectoire mais ce chemin me permet de comprendre celles, nombreuses, qui traversent le même tunnel. Et de réaliser au passage l’immensité du miracle de la vie, que j’ai portée deux fois jusqu’à terme, ces deux vies merveilleuses qui font maintenant partie de mon quotidien.

 

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Je vis dans cette tension entre le moment présent, qui m’offre tout ce qu’il a ; et demain, qui détient peut être des réponses ou peut être le silence, l’absence. Le manque, encore. Aujourd’hui,  un mélange improbable de couleurs et d’ombres, de paix et d’impatience, et demain qui en sera peut être la copie conforme.

J’existe entre reconnaissance et impuissance, entre la joie de pouvoir simplement respirer et me tenir sur mes deux jambes, et la tristesse, la peur, le doute causés par l’ignorance de l’avenir, l’absence totale de contrôle.

Mon Créateur est contradictoire, lui aussi. Il est Esprit, immense et vague et Eternel et humain, de chair et de sang, qui a foulé le même sol que moi. Il est ‘Notre Père qui êtes aux cieux’ et celui qui vit en moi, si proche et personnel et dont la présence me guide, me rassure, me convainc.

Il est Amour, Justice et Pardon et celui qui me laisse me tromper jusqu’au bout, jusqu’à ce que j’ai trop mal, non par désintérêt, mais parce qu’il ne peut agir en moi que si je le veux bien. Il tient dans sa main puissante la Vie et la Mort, cette même main qui a propulsé les constellations dans l’univers et qui me guide tendrement, accompagnant sa voix douce, comme une pensée.

‘When life is sweet, say thank you and celebrate. And when life is bitter, say thank you and grow.’                                     (Shauna Niequist, Bittersweet)

C’est vrai qu’il y a des saisons dans un an comme dans une vie ; des périodes de pique-niques au soleil, de conversations riches et drôles et sincères avec ceux que l’on aime,  de silences paisibles et heureux sur la terrasse avec un verre de vin, avant de traverser des chemins longs et tortueux de questionnements, de manques et de tensions, ou il semble qu’il ne fera plus jamais jour.

Mais elle est parfois beaucoup moins ordonnée et linéaire, à la fois incroyablement douce et amère au point d’en être imbuvable, l’expérience de ma vie. Tout, ensemble, à la fois.

Et pourquoi pas ? Pourquoi lutter ? Pour me débarrasser de l’inconfort, de la douleur, de l’incohérence ?  Pour pouvoir retrouver une certaine innocence, une naïveté conditionnelle au bonheur ?

‘Fixing something doesn’t usually transform us. We try to change events in order to avoid changing ourselves. We must learn to stay with the pain of life, without answers, without conclusions, and some days without meaning. (…) When we avoid darkness, we avoid tension, spiritual creativity, and finally transformation. We avoid God, who works in the darkness –where we are not in control! (Richard Rohr, Everything Belongs)mix n match

Alors voilà. Plutôt que de m’acharner à vouloir changer des évènements auxquels je ne peux rien ou très peu, je choisis de prendre. J’accueille, j’accepte. Tout.

L’amour de Brett pour moi, nos enfants heureux, les repas que nous prenons ensemble en se souvenant que nous sommes privilégiés ; les crises, les disputes, les silences. Les amitiés qui se forment lentement, la nouvelle maison et la chance de pouvoir travailler et la possibilité d’un autre enfant.

Je prends à bras le corps aussi l’absence de ma famille proche et mes amis de longue date pendant que je traverse incertitude, perte et doute, et que eux, tout comme moi, ne sont pas étrangers au tumulte de la vie, à la dissolution des relations, au besoin de se reconstruire…

Je ne lutte pas contre un compte bancaire qui flirte avec la ligne rouge, mon corps qui refuse d’abriter une nouvelle vie pendant plus de 12 semaines et les listes interminables de choses à faire, occupant mes pensées plus que je ne le veux.

Everything Belongs, enfin. Tout est incohérent et bizarre et beau et complémentaire. J’apprends, je grandis, je suis transformée.

Le contrôle ne m’appartient pas ;  et c’est tant mieux.

Love etc.

IMG_9248Voila, love. Amour.

Brett et moi avons choisi d’accrocher ce tableau dans l’entrée de notre petit appartement. C’est un rappel visuel, alors qu’on rentre et sort de chez nous au milieu de tout le chaos associé entre autres aux départs/ arrivées avec deux jeunes enfants, que ce qui compte c’est d’aimer bien.

Aimer, et non me précipiter. Aimer dans mes paroles et mes gestes envers Charlotte et David ; les tenir dans mes bras avant de sortir et de démarrer une nouvelle journée ; prendre au vol ces quelques secondes, au prix de quelques minutes de retard à l’école, peut être. Les regarder dans les yeux, leur dire que je les aime, leur offrir ma patience dans la résolution de leurs conflits, et résister à mon impulsion de me dépêcher, de les dépêcher.

Aimer alors que je fais un pas vers le chaos extérieur, respirer et ne pas me laisser polluer par des pensées vagabondes. Je veux garder ces objectifs en tête au moment où la porte se ferme derrière moi ; dans chacun de mes échanges avec une multitude de personnes au fil des heures de la journée. Je veux détourner mon regard intérieur de préoccupations en forme de liste infinie, et porter mon attention sur celui ou celle qui est en face de moi.

Je sens bien que ce qui compte c’est d’être être entièrement présente. Je remarque alors certains détails, je pose une ou deux questions légères, et j’adapte ma façon de parler.

Abby, une de mes collègues, était complètement absorbée par son i phone récemment, et j’avoue que mes premières pensées envers elle n’ont pas été sympathiques ; mais je lui ai quand même demande si ca allait. Son père venait de faire une crise cardiaque. Il était a l’hôpital, a 600km de la et sa mère désemparée voulait savoir quand Abby pouvait venir.

Je me demande combien d’occasions je rate chaque jour, alors que c’est si simple de regarder quelqu’un droit dans les yeux et de poser une question innocente. Ça ne prend pas longtemps non plus.

Et je pourrai continuer encore longtemps comme ça, parce que les personnes qui comptent sont multiples. Mes frère et sœur et parents ; mes amis, ceux nouveaux de Nashville et ceux de longue dates éparpillés en France et en Australie. Comment prendre le temps d’aimer chacun au mieux ?

Et pour celui qui compte le plus ? Celui qui partage mon ‘tous les jours’ ? Avec Brett, cette personne que j’ai aimée dès les premières secondes de notre rencontre et que je choisi d’aimer depuis, jour après jour, saison après saison,  mon intention est similaire. Qu’il sache, sans l’ombre d’un doute, que je suis de son côté, qu’il est aimé, respecté et soutenu. Ça veut dire que parfois je me tais alors que je brûle d’envie de lui donner un conseil. Ça veut dire aussi que je le laisse nous guider, alors que je ne suis pas toujours forcément 100% d’accord avec lui. Ça veut dire que je mets parfois mon ‘et moi, et moi, et moi ?’ de côté, et ce n’est pas évident.

C’est vaste et compliqué et grand et beau et simple l’amour.

Comment aimer ceux qui ne m’aiment pas ? Comment traverser un conflit de manière gracieuse et respectueuse, en ressortir fortifiée et non blessée ? Comment respecter l’autre, créé lui aussi à l’image du même Dieu éternel, tellement différent et pourtant aimé à l’identique ?

Et puis…Comment me laisser aimer en abandonnant contrôle et fausse fierté ?

Je n’ai pas de réponse.

J’ai seulement cette intuition, que le but n’est peut être pas une réponse claire et tonitruante mais plutôt la recherche, le cheminement. Peut-être que l’objectif finalement c’est de prendre ce mystère à bras le corps, et d’en oublier au passage raisonnement et logique.

Il demeure au fond de moi cette impression que pour saisir un concept si vaste, je ne peux en éviter l’Auteur. Plus je cherche, plus je m’approche inexorablement de celui qui est Alpha et Omega, le début et la fin. Qui tient l’amour et la mort, la souffrance la plus déchirante et la lumière de l’espoir, la liberté pure et les peurs angoissantes, toutes ces choses que je considère opposées, ensemble dans la paume de sa main puissante, juste, et aimante.

Et je possède alors l’assurance que finalement je n’ai pas besoin de réponse… J’ai simplement besoin, et envie, de le connaître Lui.

‘Love people even in their error, for that is the semblance of Divine Love and is the highest love on earth. Love all God’s creation, the whole and every grain of sand of it. Love every leaf, every ray of God’s light. Love the animals, love the plants, love everything. If you love everything, you will perceive the divine mystery in things.’ –Fyodor Dostoyevsky

L’espace d’un instant

blog janvier 2014 bCombien de fois par jour l’invisible fait-il irruption dans mes pensées ? Combien de fois, dans une journée ordinaire avec sa multitude de tâches à accomplir, est-ce que je m’arrête, comme suspendue dans le temps, mon esprit vagabondant vers l’éternité ?

Je ne sais pas exactement, mais pas assez souvent en tous cas.

Je suis forcée d’interrompre le cours de mes activités quand j’entends une nouvelle triste, sur l’amie d’un ami qui n’a plus longtemps à vivre, ou l’enfant d’untel à qui on a découvert un problème de santé incurable.

Je suis jetée alors, hors de ma réalité et du cours logique des choses, vers quelque chose d’invisible, avec ce sentiment d’injustice devant la souffrance qui touche au hasard,  un peu comme la pluie qui ne choisit pas qui elle va ennuyer.

Et il suffit de l’ombre d’un doute sur ma propre santé, sur mes projets, pour m’envisager dans une autre réalité… Et si… ?

Je n’ai pas de réponse, évidement, mais j’ai cette intuition qu’en passant du temps dans la présence Eternelle, sans autre but que d’y rester, sans autre idée derrière la tête que de profiter, simplement de Lui et de moi, disponibles l’un pour l’autre à cet instant ; j’ai cette impression que ma perspective va changer.

Dieu ne me donne jamais la réponse que j’attends.

Evidement.

Il est le Créateur, moi une de ses innombrables créatures, il est grand et mystérieux, invisible et partout à la fois ; je suis petite et ma perspective est rétrécie, limitée physiquement et par mon histoire, aussi.

Malgré tout, que je le sache ou non, que je me tourne ou que j’ignore, que je stoppe mes pas ou que je persiste à avancer ;

‘God is closer to me than I am to myself.’ (Maître Eckhart)

Je sens bien que je suis née pour ca ; cette relation intime avec un Dieu invisible…

Je sais dans l’essence de mon être, je reconnais un besoin de contact empreint de sens avec Dieu, m’ancrant dans son Amour, sa présence constante, et qui, du coup, remet le monde en perspective.

Mon âme est éternelle, même si mon corps ne l’est pas. Je suis de ce coté-ci de l’éternité, et j’ébauche un rapport avec Lui qui continuera quand mon corps aura terminé sa course.

Je veux retrouver ce jour là un Dieu déjà ami, un confident et un Père, non un étranger que j’aurai mis de coté toute ma vie parce qu’il y avait toujours quelque chose de plus important à faire, parce que j’étais trop pressée ou juste fatiguée.

blog janvier 2014 c

La prière, cette attitude de méditation, de silence ou de mots emmêlés, de reconnaissance ou de tristesse, de colère ; ce sont un peu les vestiges abîmés d’une relation autrefois parfaite, entière et harmonieuse au jardin d’Eden.

Adam et Eve avaient ce privilège quotidien de voir Dieu, leur Père,  “qui au moment de la brise du soir, parcourait le jardin.”{Genèse 3 :8}

Il les avait façonnés chacun de ses propres mains, pas simplement avec des mots, comme le reste de la création. Il n’y avait, jusqu’à leur choix de prêter attention au murmure du doute, aucune distance, aucun voile, pas de complications. Juste une communication facile et évidente, simple et transparente, empreinte du grand Amour incontestable et éclatant.

« Priez sans cesse » C’est la tentative de revenir à cette relation originelle, pure, quand on se racontait nos journées sans complexes, sans peur, sans cache ; ou il n’y avait parfois pas besoin de mots, tant la beauté et l’immensité de cette union nous dépassait.

C’est différent aujourd’hui. Je suis distraite par ce que je vois, par ce que je dois. Je suis interrompue par une foule de choses intéressantes à lire, à regarder, j’ai une multitude de tâches à exécuter au quotidien desquelles d’autres dépendent, au travail comme à la maison. Je veux, bien sûr, aussi rendre service aux autres et passer un peu de temps avec mes amis…

Et j’oublie, ou je remets à plus tard ces moment précieux et comme figés dans le temps ou je reste silencieuse devant l’Eternel, qui était là tout du long. Ces moments où tout le reste n’a aucune, mais vraiment aucune importance, parce que je suis la, et Lui aussi, et que je suis submergée par mille émotions.

“Prayer is being loved at a deep, sweet level.”

(Richard Rohr, Everything belongs’)

Je suis reconnaissante et en paix, troublée par l’Amour divin si présent et réel, presque palpable. Tout ça parce que je me suis arrêtée, parce que j’ai bien voulu me rendre disponible, j’ai ouvert les yeux.

Alors je me mets à comprendre la prière aussi comme ma respiration, un rythme naturel qui accompagne mes pensées, mes conversation et mes actes au long des heures de la journée ; et non plus seulement comme une parenthèse à tel ou tel moment. Il est là, alors pourquoi ne pas en profiter ?

Ce n’est pas pour rien qu’il est appelé Père. Il est comme un parent, qui désire plus que tout tisser une relation solide avec ses enfants, depuis le début. Comme un parent, il écoute patiemment les demandes même épisodiques et égoïstes de ses enfants, parce qu’il ne veut pas, ne peut pas, couper le fil, et parce que cette conversation, au bout d’un moment, change ses enfants.

blog janvier 2014 d

Et moi l’enfant j’ai commencé ma vie avec lui en demandant des choses précises, sur un ton parfois arrogant, réclamant mon dû. Moi l’enfant je me rends compte aujourd’hui que même s’Il m’accordait le monde entier, je ne voudrais pas,  je ne pourrais pas vivre loin de sa présence.

Je ne crois pas être la seule à espérer construire des relations paisibles, simples, faites d’amour et de compassion avec ma famille et ceux que j’appelle amis. Des rapports sans complications ni sous-entendu, sans sarcasmes pas vraiment drôles, juste pouvoir déposer les armes et être moi. Je désire cela plus qu’une grande maison où chaque enfant aurait sa chambre, plus qu’un super boulot qui me permettrai de vivre sans compter.

Ce que je démarre ici et maintenant, ce que je construis avec les autres et avec Dieu, je l’emporte avec moi. Je n’emporte rien d’autre.

Alors voilà, ma perspective évolue… Je ne prie pas uniquement pour moi, pour en retirer un ‘fix’ et me sentir mieux ; pas non plus pour balancer une liste de souhaits. Je suis changée au contact de Dieu ; ses pensées m’imprègnent, j’entrevois son vaste amour pour moi, pour l’humanité entière, j’aperçois un bref instant une vue d’en haut.

Je suis moins préoccupée par l’enveloppe qui me sert de corps, moins catégorique, et certaines choses perdent de leur importance. Mon regard bifurque, je me retrouve émue par l’humanité au milieu de laquelle j’évolue. Je suis touchée par les histoires des autres, leurs parcours, je ressens un besoin de servir, d’aimer, sans rien recevoir en retour.

Pas parce que je ‘dois’, mais parce que j’ai été aimée en premier.

Ô combien Aimée.